Le voyage de Roger Caillois en Argentine fut d’une importance vitale pour la littérature hispano-américaine. Il arriva à Buenos Aires en 1939 invité par Sur pour donner un cours sur les grands thèmes mythiques. Au moment de descendre du bateau qui l’emmenait au pays, Victoria écrivit avec sa vision aiguë : « je ne pense pas qu’il avait la moindre idée sur ce qu’il allait trouver, quand il descendit par la passerelle; mais il avait une énorme avidité…de n’importe quelle chose ».

Avec à peine vingt cinq ans il avait fondé à Paris avec Georges Bataille le Collège de Sociologie. Il avait prévu de rester à Buenos Aires trois semaines et finalement ce furent cinq ans, pendant lesquels il fut l’hôte de Victoria. Il travailla à l’Institut Français et pour l’édition de Lettres Françaises, une revue consacrée aux écrivains publiée entre 1941 et 1944, distribuée par les pilotes anglais en France sous l’occupation nazie.

Pendant ces années là, il se consacra à la traduction française de l’œuvre de plusieurs écrivains latino-américains. Il dirigea pour l’UNESCO la publication d’une série d’œuvres historiques et créa la célèbre collection La Croix du Sud de Gallimard, dans laquelle furent traduits pour la première fois en français des écrivains comme Eduardo Mallea, Julio Cortàzar, Juan Rulfo, Miguel Angel Asturias et Borges.